La villa romaine

Non loin de cette route, nous avons découvert les traces d'une construction romaine. Tuiles et débris de poterie jonchaient le sol. Le propriétaire du terrain nous raconta que son père, au début du siècle, en défonçant la terre pour planter de la vigne, avait buté sur un ensemble de grosses pierres et mis à jour quelques vases. Il alerta aussitôt l'instituteur de Cabestany qui lui certifia qu'il s'agissait là des fondations d'une villa romaine. "L'instituteur de l'époque emporta les vases intacts trouvés dans le sillon", nous dit le propriétaire et il nous indiqua approximativement l'emplacement. Au printemps 1986, nous faisions un sondage pour vérifier les dires, et effectivement, découvrions les restes des fondations. Grâce à sa forme et sa profondeur, nous pouvons dire que cette villa n’avait pas d’étage. Nous rebouchions les tranchées pour ne pas abîmer le site et nous espérons qu'un jour des experts le fouilleront, bien que sous terre ce soit la meilleure protection qu'il puisse y avoir pour sa conservation. Nous avons régulièrement récupéré les débris qui jonchaient le sol, ce qui nous a permis de nous faire une idée concrète sur cette construction.

Cette maison avait un toit couvert de tuiles, ce qui pour la période montrait une certaine richesse : tout le monde ne pouvait s'offrir un toit de tuiles. De nombreuses briquettes de terre jaune jonchaient le sol. Posées de chant en arête de poisson (en romain opus spicatum), elles servaient à construire le fond des citernes et des canalisations afin de récupérer l'eau de pluie ; dans le cas présent la villa avait sûrement une conduite qui apportait l'eau d'un réservoir jusqu'à la maison. Divers objets furent trouvés, malheureusement sous forme de fragments. Nous pouvons dire que les propriétaires de cette villa possédaient en outre une meule en basalte (type basalte d'Agde ou d'Olot en Espagne) pour moudre le grain, un peson qui servait généralement à tendre les fils d'un métier à tisser. Nous avons aussi trouvé des joints de plomb : les romains coulaient ce métal entre les grosses pierres pour éviter qu'elles bougent les unes par rapport aux autres. Les pierres des murs ont été emportées après l'abandon de la villa pour d'autres constructions, pratique existant encore de nos jours.

Mais les objets les plus abondants sont les poteries que nous avons classé en trois parties : les gros récipients, la vaisselle de tous les jours et la vaisselle fine.
- Les gros récipients : Nous avons trouvé différentes amphores dont la forme de type italique date du premier siècle, ce qui nous informe sur l'ancienneté de la villa qui aurait donc près de 20 siècles. Les habitants possédaient des boliums, énormes jarres, hautes, parfois à demi enterrées servant à conserver les grains, olives, etc....
- Les plus nombreux tessons de poterie découverts, mais aussi les plus abîmés, proviennent de poteries ordinaires, ce que nous appelons "la vaisselle de tous les jours". Sans motif, la plupart du temps mal cuite ou contenant trop de sable ou ayant été beaucoup utilisée sur le feu, elle est très fragile et s'effrite facilement. Ces tessons ne permettent pas de déterminer dans la plupart des cas la forme exacte des poteries.
- Le troisième type ou "vaisselles fines" sont les poteries sigillées (de sigillum qui signifie sceau). Ces poteries sont des céramiques faites à base d'une belle pâte affinée, allant de la couleur orange foncé au rouge cerise, avec un "film", sorte de vernis inhérent à la pâte, résultant d'un bain avant cuisson dans un jus d'argile extrêmement affiné par plusieurs opérations de décantation. Ce type de vaisselle possédait un sceau avec en général, un décor.
Ces quelques morceaux, car malheureusement nous n'avons trouvé aucun vase entier à l'heure actuelle, (types de vase trouvés ) rappelle des vases de type DR 29 et DR 37 en référence aux formes de poterie sigillée unie de la Gaule du centre.

Cette villa semble être une demeure assez riche, et nous espérons que la plus grande partie reste encore à découvrir. En effet, seul l'angle de la maison a été touché par la charrue. L'emplacement du site de la villa a été communiqué à M. le Maire et ses adjoints afin qu'ils le protègent d'éventuelles constructions. De même une étude des tessons est en cours pour permettre de dessiner les vases.

Il a aussi été trouvé sur le territoire de Saleilles quelques monnaies :
1) Lors de la construction du pont du Réart, il a été mis à jour une monnaie de Probus à légende en lettres grecques (cat. Rollin 9289) : buste lauré et drapé à droite, revers L.Z. , aigle à droite, une couronne dans le bec. Monnaie remise à M. Durand par M. Dalbiez Pierre.
2) Indépendant du 22 janvier 1965. Une pièce de monnaie a été découverte et appartient à M. Jean PUJOL de Latour-bas-Elne. Toutefois, ce n'est pas dans le sol d'Illibéris qu'elle a été trouvée, mais à Saleilles, dans la cour de la propriété de M. PUJOL, près de l'église.
Après examen, M. Victor LAFONT a écrit :
"Pièce romaine de l'Empereur Domitien, né en 51, tué en 96 après J.C.
Moyen bronze. L'envers est assez bon, le revers est presque illisible. on lit :
à l'avers : IMP. CAES. DOMIS. AUG. GERM. COS XII. CENS. PER. P.P. Son buste lauré, à droite.
au revers : FORTUNAE AUGUSTI S. C. En partie effacée, la fortune, debout à gauche, tenant un gouvernail et une corne d'abondance.
Domitien fut nommé consul 17 fois, la douzième fois en 86, ce qu'indique la mention COS XII de l'avers, et cela permet de dater la pièce de cette année 86 de J.-C. ou 839 de Rome."
3) Un sol en cuivre du règne de Louis XVI : trouvé par M. Vila Gabriel en novembre 1985 route d'Alénya dans la propriété au lieu dit "Las planés" , parcelle A 269
au recto : LVDOV. XVI. D. GRATIA et tête nue à gauche
au verso : Franciae et Navarre avec la date et un écu couronné



accueil du site
saleilles.net